Les Salines de Villeneuve-lès-Maguelone - 23 mars 2016

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Comptes rendus

Compte rendu de la journée d’échanges du Carrefour des Patrimoines

Le mercredi 23 mars 2016 aux Salines de Villeneuve-lès-Maguelone, dans l’Hérault

Le patrimoine est assurément le résultat d’une mise en rapport avec le passé. Héritage entre nature et culture, lieu de promenade, fait de paysages rectilignes, d’habitats hybrides où l’on retrouve l’Homme et les espèces animales spécifiques, voire endémiques, de ces milieux, les Salins sont aussi le lieu d’un patrimoine. Passé, dont on apprend que depuis longtemps, les populations ont considéré les zones humides comme sources de nuisances, et elles se sont affairé à les aménager, les assécher ou tout simplement à les éviter, jusqu’à une prise de conscience de leur véritable potentiel. Un potentiel économique, avec le développement du tourisme ou des activités liées à l’aquaculture, mais aussi à l’agriculture et l’élevage. Avec, plus proche de nous, qui pose la question de la gestion des milieux, la démographie et l’urbanisation, corollaire des enjeux écologiques qui aujourd’hui, sont au cœur des préoccupations.

Descartes nous voulait maître et possesseur de la nature. Darwin nous a appris que nous ne possédions rien, mais que nous ne sommes que les compagnons de voyage d’une myriade d’autres espèces dans l’Odyssée de l’évolution. Érigé à Rio en 1992, lors d’un sommet planétaire sur l’environnement et le développement, le concept de biodiversité et ce qu’il englobe, le vivant et la sauvegarde de sa diversité est devenu l’un des principaux enjeux du XXIe siècle. La COP 21, qui s’est déroulée en France en fin d’année 2015, nous redit que la biodiversité est une affaire planétaire mais touche aussi chacun d’entre nous. Ce concept prend encore plus d’acuité dans les zones humides, marquées par leurs diverses fonctions et surtout leur grande richesse écologique. Longtemps délaissés puisque situés en marge, les milieux humides retiennent depuis quelques années déjà toute l’attention.

« Les Salines de Villeneuve », nom officiel depuis le rachat en 1992 par le Conservatoire du littoral, lieu de notre journée de découverte, s’étendent sur 180 ha. Si ce site existe aujourd’hui, il le doit sûrement à cette question qui vaut pour tous les espaces naturels protégés et particulièrement les zones humides : que faire des zones délaissées ? Maintenir un équilibre viable et durable entre les Hommes et les espèces animales, partager des données, des modèles et l’expérience, sont les mots qui expriment peut-être le mieux la réponse, par ce que le Conservatoire du littoral fait pour que ce site naturel protégé, ouvert à toutes et tous dans une logique de transmission et de préservation puisse coexister et perdurer.

La France s’est particulièrement investie dans leur préservation et leur gestion durable. En 1986, elle ratifie la convention dite « Ramsar » et se dote d’une feuille de route exigeante. En janvier 2016, selon ses propres sources, la surface globale protégée par le Conservatoire du littoral au niveau national, outre-mer compris, est égale à 166 547 ha, quasiment 1000 fois plus que le site des Salines de Villeneuve qui est une zone intermédiaire entre le milieu terrestre et le milieu aquatique, caractérisée par la présence d’eau en surface ou dans le sol. « Le site des paysages rectilignes, anciens partènements, martelières et rouets marquent l’omniprésence humaine où les générations de sauniers, ouvriers et douaniers, ont modelé et apprivoisé cette nature depuis l’Antiquité jusqu’en 1970 pour exploiter le sel, aussi appelé « l’or blanc ».Vestige de l’exploitation salinière sur le littoral languedocien, elles sont inclues dans le site classé de l’étang de Vic et de ses berges, au titre de la loi de 1930 sur la protection des paysages. »

C’est par une journée rendue lumineuse par un vent familier dans ces contrées que s’est déroulée la 1ère journée d’acteurs du Carrefour des Patrimoines de l’année 2016. Une découverte, une rencontre même, avec cette exceptionnelle zone humide, située sur les communes de Villeneuve-lès-Maguelone, Mireval et Vic-la-Gardiole, à 15 km au sud-ouest des portes de Montpellier. Le site est aussi et surtout l’occasion d’un lieu de promenade idéal qui, du lever au coucher, offre des paysages rectilignes qui s’étendent à perte de vue. Quatre sentiers de 1,5 à 5,7 km démarrent à partir de la maison des salins. Sur le chemin, on observe une mosaïque de milieux naturels entre eau douce et eau salée où de nombreuses espèces remarquables comme l’Avocette élégante ou encore le non moins emblématique Flamand rose prennent leurs quartiers.

Notre journée sur le site des Salines de Villeneuve-lès-Maguelone a permis d’échanger autour de la valorisation et la préservation d’un site naturel remarquable et de questionner plus largement les problématiques et enjeux majeurs des lagunes méditerranéennes. Ici, le patrimoine a un rapport avec le passé qu’il construit plus qu’il ne l’entérine. L’accompagnement et les présentations tout au long du cheminement et des phases de la journée ont été réalisés par une partie de l’équipe du Conservatoire d’Espaces Naturels du Languedoc-Roussillon (CEN LR) notamment par Ludovic Foulc, garde du littoral, qui s’est révélé être un pédagogue compétent et très disponible, accompagné par Maria Igual, stagiaire au Conservatoire.

La matinée s’est déroulée en présence d’élus, Gérard Aubry élu à l’environnement, de techniciens, Juliette Picot directrice du Siel, mais également d’acteurs, en prise direct avec ce site, ayant une activité économique comme Md Florence Gabin ou encore culturelle avec Jean-Claude Balsan, Président de l’ACM qui regroupe 8 sociétés de chasses. Convergence, point commun, le fait est qu’il réside dans leur engagement une véritable volonté de valoriser et préserver ce lieu particulièrement singulier et participer de façon très concrète à maintenir cet espace naturel protégé pour sa faune et sa flore remarquables, mais également en mémoire de ce passé qui a marqué le paysage et les esprits.

L’après-midi s’est déroulée autour d’ateliers du patrimoine des Salins : « La mare et les amphibiens », Les laro-limicoles et enfin une présentation du  programme « life +ENVOLL ». Ces ateliers sont, en dehors de leurs apports pédagogiques, d’excellents moyens de prendre conscience de ce fragile équilibre dont l’Homme a l’entière responsabilité.

Nous avons pu voir que ce territoire, dit de zone humide - voir la loi sur l’eau (n° 92-3 du 3 janvier 1992) qui comprend une définition légale des zones humides -, mélange plusieurs vies. Celles des Hommes et celle de la nature. Cette journée nous a amené à comprendre que les belles capacités de l’Homme sont nécessairement créatives. Ici, nous construisons du passé en le faisant vivre. Et nous le transmettons en façonnant du patrimoine.

Éric Thiéry, CEMEA Languedoc-Roussillon

Pour aller plus loin www.cenlr.org/gerer/sites/saline